L’instant Giesco : La viticulture face à l’augmentation du CO2 atmosphérique

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Compte rendu du Giesco

La 21ème  édition de la conférence du Giesco s’est tenue à Mendoza du 6 au 10 novembre 2017. Cette rencontre de 4 jours a réuni des scientifiques internationaux pour discuter des avancées dans le domaine de la viticulture. Nous aimerions vous faire part de certains des sujets abordés dans l’édition 2017. Aujourd’hui, nous résumons une partie des entretiens de cet évènement qui sont en lien avec les effets croissants du CO2 sur la production de raisins de cuve

Performance de la vigne et augmentation des émissions de CO2 atmosphériques

Les performances du vignoble sont à la fois affectées par la hausse des températures et par l’augmentation du CO2 atmosphérique. Les mesures du CO2 montrent une augmentation annuelle de 1,5 à 3 ppm des teneurs en CO2. Cette évolution aura un impact sur les performances des plantes, comme la photosynthèse mais comment?

Expériences FACE

M. Wolfhart (Allemagne) se demande si la viticulture est sensible à des teneurs élevées en CO2.  Pour répondre à cette question, un projet d’enrichissement du CO2 atmosphérique en plein air a été lancé il y a 3 ans dans un vignoble allemand. Le projet FACE (Free Air Carbon Enrichment) étudie le rendement et les performances physiologiques du Cabernet Sauvignon et du Riesling.
Les projets FACE existent pour diverses cultures et consistent à augmenter localement le CO2 atmosphérique. Les plantes entourées d’émetteurs de CO2 prospèrent dans un environnement plus riche en CO2. Ces expériences permettent de prédire l’impact de la hausse du CO2 dans les peuplements d’arbres (Figure 1) ainsi que dans les vignobles (Figure 2)

Figure 1 : Expérience FACE en arboriculture: Vue aérienne du site expérimental d’Oak Ridge (photo ORNL)

Figure 2 : Projet FACE en viticulture (photo de Winfried Schönbach, Hochschule Geisenheim University)

Qu’attendons-nous de l’augmentation des émissions de CO2 sur les performances de la vigne ?

On s’attend à ce que l’augmentation du CO2 atmosphérique entraine une augmentation du rendement et de la vigueur de la vigne. Ceci s’explique par une plus forte absorption de Carbone par la vigne en réponse à une plus grande quantité de CO2 dans l’air,  entraînant un gain de rendement ainsi qu’un gain de surface foliaire. Ainsi, d’un point de vue pratique, la quantification de l’effet d’une teneur élevée en CO2 dans l’air est un sujet important pour optimiser la surface foliaire et la gestion du rendement à court terme.  Dans un contexte de hausse des températures, d’augmentation du CO2 et du déficit en eau, les viticulteurs sont confrontés à deux questions : 

#1. Des niveaux plus élevés de CO2 peuvent-ils compenser l’effet négatif des températures élevées sur le rendement ? En d’autres termes, est-ce que les pertes de rendement causées par des températures plus chaudes – qui favorisent la déshydratation des baies avant la récolte – pourraient être compensées par un gain de rendement résultant d’une augmentation des émissions de CO2 ?

#2. Comment la photosynthèse des plantes et l’utilisation de l’eau réagissent-elles à un taux de CO2 plus élevé ? Puisque le CO2 et l’eau traversent les stomates dans des directions opposées, il faudra peut-être une ouverture des stomates moindre pour assimiler la même quantité de Carbone ce qui réduirait la transpiration de la vigne et donc l’utilisation de l’eau de la vigne?

Que pouvons-nous vraiment prédire de la réponse de la vigne face à un taux de COplus élevé ?

Dr. Wolfahrt et son équipe ont exploré ces questions en augmentant le CO2 atmosphérique de 20 % par rapport au CO2 ambiant (400 ppm à 500 ppm) dans des conditions au champ. Leurs résultats montrent que :

  • La surface latérale foliaire augmente considérablement
  • Contrairement à ce que l’on s’attendait, une augmentation du débit de sève est également observée! Cela signifie que des niveaux de CO2 plus élevés dans l’atmosphère peuvent augmenter la consommation d’eau!
  • La concentration en sucre diminue mais pas de façon significative.
  • L’acidité totale, le poids des baies et le nombre de baies par grappe augmentent. Par conséquent, le rendement augmente considérablement.  

En conclusion :

Les chercheurs s’attendent à ce que l’augmentation des niveaux de CO2 atmosphérique entraine une augmentation significative au bout de trois ans de la croissance de la vigne, de la vigueur et du rendement par son impact sur la photosynthèse. Cependant, l’effet de la hausse des émissions de CO2 sur l’augmentation de la consommation en eau de la vigne est surprenant. Les viticulteurs et les vignerons devront anticiper l’augmentation probable de la consommation en eau de la vigne pour adapter les pratiques viticoles à l’augmentation des émissions de CO2. Au passage, il convient de souligner que l’impact du CO2 sur la production de vin est également une préoccupation pour la composition du vin, comme l’ont noté les critiques vinicoles. L’impact de l’augmentation des émissions de CO2 n’est donc pas seulement inquiétant pour la gestion des vignobles en tant que tel. En effet, elle devrait également affecter les consommateurs de vin et le goût des futurs millésimes.

Delphine Preterre

Originaire de Normandie, grande amatrice de gastronomie, de biologie et de découvertes, c’est tout naturellement que j’ai choisi de faire mes études à l’école d’agronomie de Montpellier SupAgro. Durant mon cursus d’ingénieur, je me suis spécialisée en viticulture et œnologie, pour être diplômée en 2017. Cette formation pluridisciplinaire m’a permis de découvrir différents domaines de la filière vigne et vin, aussi bien en France qu’à l’étranger.
J’ai, d’une part, participé aux vinifications des millésimes 2015 en Bourgogne et 2016 à Bordeaux. J’ai découvert le métier de commercial à Madagascar où j’étais chargée du lancement d’un spiritueux à base de Rhum. J’ai aussi participé en Espagne à un projet de recherche européen de construction d’un robot viticole. Avant de rentrer en France, j’ai travaillé en Chine sur l’amélioration de la protection globale d’un vignoble en plein développement.
Employée à Fruition Sciences en Janvier 2018, je suis aujourd’hui responsable du développement, à la fois technique et commercial de la société dans la région Nouvelle Aquitaine. Passionnée de vin et de voyage, j’aime aussi passer mes temps libres à faire de la musique et du sport.

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