Bordeaux 2017 : Harvest is coming!

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Il est maintenant admis que le millésime 2017 est un millésime précoce, voire très précoce. Les premiers blancs ont déjà été vendangés dans les Graves et le reste devrait suivre rapidement. Il est cependant encore difficile d’estimer la qualité de ce millésime même si on s’accorde à dire que 2017 sera sûrement un joli millésime. Revenons quelques mois en arrière pour analyser la période pré puis post-véraison d’un point de vue agro-climatique et ainsi essayer de comprendre ses conséquences sur la qualité du raisin et donc du vin.
Grappes en pleine véraison (Source)
Tout d’abord, le mois de juin a enregistré plus de 100 mm de pluie sur la région soit un surplus de 142% par rapport aux normales. Ce dernier est finalement très proche de 2016. En ce qui concerne les températures, elles affichent également un excédent avec une température moyenne supérieure de 2,4°C en Gironde. Ce mois atypique va avoir plusieurs conséquences sur la vigne. Premièrement les pluies ont permis de remplir les horizons superficiels évitant tout déficit hydrique précoce post-véraison. Ensuite, en solubilisant les éléments du sol, l’eau et la chaleur activent l’assimilation minérale et la croissance de la vigne. Ces deux éléments réunis, absence de stress hydrique et azoté, favorisent l’initiation florale des bourgeons primaires qui verront le jour en 2018 (Guilpart 2014, Noyce et al. 2016).
Le mois de juillet, quant à lui, témoigne d’un déficit de précipitation par rapport aux normales sur la région (-44%). Au niveau des températures, celles-ci sont légèrement supérieures (+0,4°C) rendant le millésime 2017 encore plus précoce. Effectivement, nous enregistrons aujourd’hui, par rapport à la moyenne des dix derniers millésimes, 130 degrés jours de plus soit environ 14 jours d’avance. Il est également intéressant de noter une luminosité plus faible que les normales saisonnières (-25%). Ce déficit de lumière va avoir un impact négatif sur la production des flavonoïdes par la plante or ces molécules sont les précurseurs des tanins et des anthocyanes (Matus et al. 2009). Le mois d’août garde la même tendance que juillet avec 20mm de pluie sur la région. Il est seulement un peu plus frais mais reste dans les normales saisonnières.
Avant véraison des mesures de potentiel foliaire confirment l’absence de contrainte hydrique. Cette absence de déficit a plusieurs conséquences. Elle entraine une multiplication cellulaire active dans les baies entre la nouaison et la véraison. En conséquence, nous devrions donc obtenir des baies de taille moyennes à grosses. D’un point de vue qualitatif, le rapport pellicule sur pulpe sera en faveur de la pulpe impactant directement la concentration en polyphénols. De plus, un stress hydrique modéré à fort avant véraison stimule la synthèse d’anthocyanes et de tanins pelliculaires. Le millésime 2017 ne devrait donc pas présenter de grosse charge tannique. En revanche, l’absence de contrainte hydrique retardant l’arrêt de croissance laisse envisager des acidités assez importantes pouvant apporter de la fraîcheur au vin (Santesteban et al. 2011, CP des Gachons et al. 2005, JM Cortell et al. 2007).
Vendange 2017 des blancs en Gironde (Source)

Après véraison, ces mêmes mesures de potentiel foliaire révèlent sur les terroirs les plus drainants quelques déficits modérés. Ces derniers ne sont pas assez forts pour venir perturber le chargement actif des sucres dans la baie. Contrairement à 2016, nous ne devrions donc pas connaître cette année de blocage de maturité. Au contraire, toutes les conditions sont réunies (eau + chaleur) pour enregistrer des chargements rapides et atteindre les plateaux de sucre en quelques semaines. Ce chargement rapide et précoce des sucres va également entrainer une induction anticipée de la biosynthèse des anthocyanes (Zheng et al. 2009, Dai et al. 2014).
Pour conclure, si la pression sanitaire reste sous contrôle et que les températures ne sont pas trop élevées avant vendange, les vins 2017 devraient donc afficher des degrés assez hauts mais équilibrés par une belle acidité. Les concentrations tanniques quant à elles seraient moyennes avec de jolies couleurs complétées d’un profil aromatique intéressant. En terme de volume, à l’échelle nationale la France devrait malheureusement connaitre sa plus petite récolte depuis 1945 à cause des épisodes de gel qui ont frappé le pays en avril. Pour les domaines ayant eu la chance de passer à travers cet accident climatique, la récolte s’annonce correcte à bonne.
Aurelien Berthou

Je suis diplômé de Montpellier SupAgro en tant qu’ingénieur agronome spécialisé en viticulture et en œnologie depuis 2014. Au cours de ma formation, j’ai vécu des expériences variées dans le domaine de la production et de la recherche aussi bien en France qu’à l’étranger (Argentine, Nouvelle-Zélande). Employé depuis Janvier 2015 suite à mon stage de fin d’études chez Fruition Sciences, mon rôle est de développer la société au niveau commercial et technique dans la région de Bordeaux. Je travaille en particulier sur les problématiques d’échantillonnage du vignoble et la cartographie de différents paramètres physiologiques à travers l’outil d’aide à la décision « Smart Point ».

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