Bordeaux 2017 : Un printemps atypique marqué par des températures extrêmes

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Nous sommes entrés dans l’été météorologique, la floraison s’est déroulée sans encombre et les rognages ont bien démarré. Il est temps de faire le bilan de ce printemps atypique qui a remis en cause les pratiques culturales habituelles des vignerons.

Avec une pluviométrie importante en mars, faible en avril et supérieure à la moyenne en mai, 2017 reste une année sèche. Nous notons en effet un déficit de 250 mm d’eau cumulée au 30 juin en Gironde depuis le 1er novembre. L’importance des précipitations du mois de mai indique que l’eau n’était pas un facteur limitant de la croissance de la vigne à l’heure actuelle. D’ailleurs les premières mesures de déficit hydrique à la chambre à pression avant le lever du soleil (potentiel foliaire de base) faites la semaine du 19 juin a démontré cette absence de stress. Si nous ajoutons maintenant les pluies orageuses de la fin juin, la vigne a largement assez d’eau pour assurer la véraison de ses fruits et sur certains terroir la maturation.

Figure 1 : Moyenne mensuelle des précipitations à Bordeaux

A l’échelle de la France, La Chaîne Météo constate un fort déséquilibre entre les 15 premiers jours d’avril qui présentent des températures supérieures (+2 à +2,5°C) aux normales de saison et les 15 derniers jours au cours desquels les températures ont chuté (-1,5°C par rapport aux moyennes saisonnières).


Suite à la vague de gel qui s’est abattue sur la région fin avril (qui rappelle celle de 1991), le week-end de l’ascension a enregistré une vague de chaleur record pour la période depuis 1900 (La Chaîne Météo). Le mois de juin reste sur la même tendance avec des températures extrêmes supérieures à 35°C. C’est la première fois que nous observions des vagues de chaleurs aussi précoces. D’après notre expérience et la littérature nous appelons « vague de chaleur » un évènement climatique qui engendre un déficit en vapeur d’eau (VPD) supérieur à 4kPa. Pour rappel, le VPD correspond à la pression qu’il faut exercer sur un volume d’air pour en extraire la première goutte d’eau. Plus l’air est chaud et sec, plus le VPD est élevé. Lorsque le déficit en vapeur d’eau dépasse 4 kPa, il provoque au niveau des feuilles et des fruits une perte d’eau vers l’atmosphère même en condition de fermeture somatique. Lorsque le sol est encore riche en eau, ce genre d’évènement n’est pas inquiétant pour la plante. En revanche, en conditions limitantes, on peut observer l’apparition brutale de brûlures sur les feuilles et les baies vertes ou de blocages de maturité. Nous nous rappelons des deux journées très chaudes du 26 et 27 juin 2011 qui avaient entrainé sur des terroirs très drainant des défoliations totales de jeunes vignes. Ce printemps 2017 a donc connu une amplitude thermique plus extrême que 2011.


Source Fruition Sciences (Bordeaux)



Globalement, les moyennes de températures printanières sont supérieures aux moyennes observées habituellement. Ceci se traduit par une accumulation en degrés jour (DJ) calculé à partir du 1er mars nettement supérieur à celle de 2016 au 31 mai (+ 125 DJ) sur la région, ce qui correspond à une avance moyenne de 15 jours sur ce millésime (chiffres Fruition Sciences) entraînant une floraison précoce qui s’est terminé début juin. Pour rappel, le temps thermique, exprimé en degrés jour, somme les températures au-dessus d’un certain seuil (généralement 10°C pour une vigne) au cours d’une journée. Il a l’avantage d’être corrélé à la phénologie de la plante.

Malgré les conditions climatiques de ce printemps, la croissance des rameaux est plus lente que l’année dernière (- 0,5 cm/TT/m²) même sur les parcelles peu ou pas gelées. Ces faibles vitesses sont surement reliées à des carences minérales (notamment en azote) induites par les faibles températures hivernales et le manque d’eau. En effet, ces deux éléments ont entraîné un ralentissement des phénomènes de minéralisation de la matière organique par les bactéries. En revanche les fortes chaleurs ayant suivi les épisodes pluvieux de mai ont permis de relancer la minéralisation des sols. En absence de conditions limitantes à la croissance foliaire tel que l’azote, l’eau ou les radiations globales (soleil), la vitesse de développement foliaire est directement et linéairement lié à la quantité de chaleur accumulée comme il a été démontré par de nombreux auteurs (Riou, 1995 ; Lebon, 2003 ; Pallas, 2008 ; etc). Cet épisode a donc fortement favorisé la croissance des rameaux.
Photo 1 : Grappe de Cabernet Sauvignon en pleine nouaison (semaine du 15 juin 2015)
Concernant les rendements potentiels en 2017, il est important de se rappeler que ce paramètre se construit sur deux ans. Effectivement en 2016, autour de la floraison, l’initiation florale des bourgeons qui ont vu le jour cette année a eu lieu. La mise en place des inflorescences (nombre de grappes par rameaux productifs) est sensible aux déficits hydriques et azotés (Guilpart, 2014) or en 2016 aucun stress pour ces deux éléments n’avait été mesuré. Par conséquent, la sortie de grappe en 2017 est dans l’ensemble généreuse. Ensuite, il a été démontré qu’une forte corrélation existe entre le taux de croissance des rameaux de l’année n et le rendement par rameau. Cela est expliqué par une activité cellulaire très active au niveau des méristèmes. Par conséquent les rafles sont plus longues et comportent plus de baies (Keller et al. 2015). Nous pouvons donc nous attendre à des rendements moins élevés cette année sur les parcelles non gelées avec des poids de grappes plus faibles qu’en 2016. De plus, la coulure et le millerandage, visibles cette année, confirment cette tendance en produisant des grappes plus lâches.

En conclusion, après la vague de gel, ce début de saison est très intense pour les viticulteurs puisque nous observons deux cycles végétatifs qui se suivent entre les parcelles gelées et non gelées. Cet écart tend à s’amoindrir grâce aux chaleurs intenses de juin et un sol encore frais dans les horizons profonds qui accélère la croissance des vignes gelées.
Aurelien Berthou

Je suis diplômé de Montpellier SupAgro en tant qu’ingénieur agronome spécialisé en viticulture et en œnologie depuis 2014. Au cours de ma formation, j’ai vécu des expériences variées dans le domaine de la production et de la recherche aussi bien en France qu’à l’étranger (Argentine, Nouvelle-Zélande). Employé depuis Janvier 2015 suite à mon stage de fin d’études chez Fruition Sciences, mon rôle est de développer la société au niveau commercial et technique dans la région de Bordeaux. Je travaille en particulier sur les problématiques d’échantillonnage du vignoble et la cartographie de différents paramètres physiologiques à travers l’outil d’aide à la décision « Smart Point ».

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