Impact du gel sur la vigne (article 1): une nutrition et une mise en réserve perturbées

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La France et plus largement l’Europe ont été frappés fin avril par une vague de gel qui n’a malheureusement pas épargné la Nouvelle Aquitaine. Nous n’avions pas connu un évènement d’une telle intensité à Bordeaux depuis avril 1991. Il nous a semblé important d’écrire un article sur ce sujet pour tenter de vous aider dans la compréhension de l’impact d’un tel épisode sur la vigne et ensuite discuter les solutions qui s’offrent à nous pour aider la plante dans sa reprise et la préparer pour 2018.
Bourgeons gelés (France 3 Régions)
Deux vagues de gel ont donc touché la Nouvelle Aquitaine. La première, le 20 et 21 avril, peu sévère a seulement gelé les parcelles dans les bas-fonds. La seconde, bien plus violente, le jeudi 27 et vendredi 28 avril est généralisée à toute la région. Les dégâts sont importants et hétérogènes. Selon les appellations, la topographie, l’humidité, le matériel végétal, son stade phénologique, la couverture au sol et la proximité avec les cours d’eau et les bosquets, l’intensité des dégâts va de 0 à 100%. Ainsi d’après un recensement volontaire des vignerons initié par la chambre d’agriculture de la Gironde, la perte de récolte en Gironde est aujourd’hui estimée autour de 40%. Nous constatons ainsi des parcelles totalement dévastées où tous les rameux primaires ont été détruits et des parcelles légèrement touchées avec seulement les apex grillés. Nous verrons que les prises de décisions techniques dans la reprise de la vigne entre ces deux extrêmes sont différentes.
Dans ce premier article, nous nous concentrerons sur la partie biomasse et réserve. Nous essaierons de comprendre quel est l’impact physiologique de cet épisode sur les réserves de la vigne et sur les dynamiques d’assimilation.
En préambule, il est nécessaire de diviser la saison en cinq périodes :
  • La première periode, qui nous intéresse moins aujourd’hui, couvre la chute des feuilles au débourrement. Cette periode est tout de même importante car elle va contribuer à la quantité d’azote disponible dans le sol pour la croissance de la plante au printemps. Effectivement, la minéralisation de l’azote organique en azote minéral assimilable par les racines est dépendant de la température et de la quantité d’eau dans le sol.
  • La seconde periode, essentielle ici, a lieu du débourrement à début juin (floraison). Lors de cette période 2, la vigne est majoritairement hétérotrophe, c’est à dire que sa croissance s’appuie sur le carbone de ses réserves (Amidon). Il y a explosion de la biomasse aérienne, la vitesse d’élongation des rameaux est maximale, mais la biomasse totale de la plante est presque constante car celle des racines diminue fortement (Schreiner, 2016). 
  • Lors de la troisième période, de la floraison à la véraison, de la quatrième, de la véraison à la vendange, et de la cinquième, de la vendange à la chute des feuilles, la vigne est totalement autotrophe, le carbone nécessaire à son développement est puisé dans le dioxyde ce carbone de l’air. 
Figure 1: Dynamique de la biomasse d’une vigne selon les organes (adapted from Schreiner, 2016)
-l a periode BB-BL = periode 2; la periode BL-VR = periode 3
– la periode VR-HA = periode 4; la periode HA-LF = periode 5

Il est a noter que c’est au cours des périodes 3 et 4 que la biomasse totale de la plante augmente  le plus fortement (cf. figure 1). L’accumulation de biomasse reflete le développement de la partie aérienne mais également la croissance des racines.

    A la date d’aujourd’hui nous devrions être dans une transition entre la période 2 et 3 mais le gel a imposé à la vigne de repartir de zéro ou plus précisément au début de la période 2. Il faut donc comprendre que le vignoble en 2017 va vivre deux cycles en mode hétérotrophe. Dit autrement, la vigne va puiser dans ses réserves pendant une période deux fois plus longue que dans une saison classique. Elle va donc épuiser davantage ses reserves.
    De plus, la vigne redémarre un cycle avec plus d’un mois de retard. Les periodes 3 et 4, essentielles dans la reconstitution des réserves, vont donc être très courtes.
    Ces deux constats vont avoir deux conséquences :

    1. sur la nutrition en 2017 : des carences minérales risquent d’être monnaie courante en 2017 
    2. sur la reconstitution des réserves pour l’année 2018 qui est bien compromise.
    Dans un prochain article nous discuterons la mise en application de programmes de fertilisation apres un gel. La connaissance des cycles d’accumulation de biomasse et d’absorption nutritionnelle permettent d’adapter les interventions afin de limiter les effets negatifs du gel sur la productivité.
    Aurelien Berthou

    Je suis diplômé de Montpellier SupAgro en tant qu’ingénieur agronome spécialisé en viticulture et en œnologie depuis 2014. Au cours de ma formation, j’ai vécu des expériences variées dans le domaine de la production et de la recherche aussi bien en France qu’à l’étranger (Argentine, Nouvelle-Zélande). Employé depuis Janvier 2015 suite à mon stage de fin d’études chez Fruition Sciences, mon rôle est de développer la société au niveau commercial et technique dans la région de Bordeaux. Je travaille en particulier sur les problématiques d’échantillonnage du vignoble et la cartographie de différents paramètres physiologiques à travers l’outil d’aide à la décision « Smart Point ».

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