Bordeaux 2016 : Le déficit hydrique s’installe après véraison

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Alors que ce début d’année fut marqué par les pluies incessantes et des températures sous les normales, la période estivale vient inverser la tendance.

Nous avons vécu le mois de juillet le plus sec des 10 derniers millésimes avec des précipitations inférieures à 10mm. Le mois d’aout est resté sur la même tendance. En termes de température, juillet se situe dans la moyenne alors que le mois d’aout se place au-dessus des moyennes (+ 0,6°C par rapport aux 10 derniers millésimes). Enfin, les prévisions météorologique du mois de septembre n’annoncent pour l’instant aucun épisode pluvieux et les températures continuent d’être élevées.

Quelles sont les conséquences de cet absence de pluie et des fortes températures estivales sur la quantité et la qualité de la vendange 2016?
Pour répondre à cette question, il est indispensable de diviser cette période en deux : une première phase avant véraison et une seconde post-véraison.

Avant véraison cette sécheresse n’a pas eu d’impact sur le déficit hydrique. Des mesures de potentiel foliaire de base, permettant d’appréhender l’eau disponible pour la plante dans son environnement racinaire, l’ont confirmé. Cet absence de déficit a des conséquences sur la qualité et le rendement. Cette année contrairement à 2015, l’absence de stress hydrique entre la nouaison et la véraison a entrainé une multiplication cellulaire active dans les baies. En conséquence, nous devrions donc obtenir des baies de taille moyenne à grosse. D’un point de vue qualité, le rapport pellicule sur pulpe sera moins élevé que l’année dernière impactant directement la concentration en polyphénols.

Si nous revenons sur le rendement, les conditions d’alimentation azotées et hydriques optimales lors de la floraison 2015 ont permis  une très bonne initiation florale et donc une sortie de grappe généreuse cette année dans la plupart des appellations. De plus, les forts taux de croissance des rameaux au printemps 2016 ont également provoqué un allongement important des rafles et donc un  nombre potentiel de baie plus élevé. Enfin, malgré les conditions climatiques moyennes autour de la floraison, notamment sur les terroirs frais et tardifs, les phénomènes de coulure et de millerandage à l’échelle de la Gironde sont assez faibles. Pour résumer, les trois paramètres clés du rendement ; c’est à dire le nombre de grappes par pied, le nombre de baies par grappe et le poids des baies sont au vert. Il faut donc s’attendre à une récolte importante cette année.

Certaines appellations ont tout de même été touchées par le mildiou faisant baisser significativement le potentiel de rendement en milieu de saison. Aujourd’hui la forte pression de tordeuses pourrait faire également diminuer la récolte en créant des portes d’entrée pour le botrytis cinerea.


Après véraison, le profil hydrique des vignes est aujourd’hui bien différent, particulièrement sur la rive droite.
Jeune plante de Merlot Rive droite souffrant de déficit hydrique (24/08/2016) 


Les mesures de potentiel foliaire de base ou les capteurs de flux de sève révèlent respectivement une quantité d’eau dans le sol de plus en plus faible et une diminution de la transpiration des vignes. Pour les terroirs frais au sol profond cette carence en eau est plutôt gage de qualité en évitant des phénomènes de dilution dans les baies et en empêchant le botrytis de s’installer. Cependant, si ce stress se poursuit sur les terroirs plus réactifs comme à Pomerol, l’accumulation en sucre sera freinée et pourra déboucher sur des blocages de maturité. Ces maturations lentes produiront soient des petits degrés alcooliques rendant difficile l’extraction des polyphénols lors des vinifications ou au contraire des hauts degrés avec des déséquilibres en bouche conséquence du dessèchement de la baie.


Il faut maintenant regarder de plus près les températures et les vagues de chaleur pendant la maturation. Leurs impacts sur la qualité et le volume de récolte sont loin d’être nul.

Premièrement, les baies exposées à des températures trop hautes (>35°C) vont voir leur potentiel polyphénolique se dégrader et plus particulièrement les anthocyanes (malvidine). De plus, ces températures élevées vont dégrader très rapidement les acides et ainsi détériorer l’équilibre en bouche. Ces chaleurs peuvent de plus produire des profils de vins aux arômes de fruits cuits liés aux surmaturations.

Deuxièmement, les vagues de chaleur sont susceptibles de créer de l’embolie ou cavitation dans le système vasculaire de la vigne. L’embolie est l’apparition de petites bulles d’air dans les vaisseaux perturbant les flux hydriques et pouvant aussi déboucher sur des blocages de maturité.
De même, ces coups de chaleur après véraison peuvent accélérer le flétrissement par dessèchement des baies. Le dessèchement peut être la conséquence directe du départ d’eau à travers la pellicule. Il peut aussi avoir lieu de manière indirecte, quand la demande évaporative est très forte. En effet, la vigne ne pouvant équilibrer son statut hydrique avec l’eau disponible dans le sol, des flux d’eau de la baie vers les feuilles sont alors générés. Dans les situations d’aridité extrême ces pertes d’eau peuvent diminuer jusqu’à 30% le volume des baies en quelques jours avec les cépages sensibles. 


Pour conclure, le potentiel qualitatif de ce millésime est aujourd’hui hétérogène selon les appellations. A Pomerol, par exemple, la pluie se fait désirer. Des blocages de maturité sont déjà relevés. Des stress hydriques spectaculaires équivalents ou supérieurs aux zones arides ont été mesurés dans certaines zones. En revanche, la rive gauche, notamment l’appellation de Pessac Leognan est aujourd’hui soumise à des contraintes hydriques faibles ou modérés. Les terroirs de grave au sol profond (Medoc) ou les argilo-calcaires de Saint-Emilion sont également bien pourvus en alimentation hydrique. Enfin, ce millésime est également une opportunité de faire bon, voire très bon, dans les appellations moins renommées possédant des terroirs plus frais et plus tardifs, véritable avantage en 2016.
Aurelien Berthou

Je suis diplômé de Montpellier SupAgro en tant qu’ingénieur agronome spécialisé en viticulture et en œnologie depuis 2014. Au cours de ma formation, j’ai vécu des expériences variées dans le domaine de la production et de la recherche aussi bien en France qu’à l’étranger (Argentine, Nouvelle-Zélande). Employé depuis Janvier 2015 suite à mon stage de fin d’études chez Fruition Sciences, mon rôle est de développer la société au niveau commercial et technique dans la région de Bordeaux. Je travaille en particulier sur les problématiques d’échantillonnage du vignoble et la cartographie de différents paramètres physiologiques à travers l’outil d’aide à la décision « Smart Point ».

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