Bordeaux 2015 : Peut-on parler d’un grand millésime?

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Les vendanges terminées à Bordeaux pour les blancs et les rouges, les commentaires et articles de presse vont bon train sur la qualité millésime 2015. Cet été, nous parlions d’une année proche de celle de 2003 du fait des fortes chaleurs et de la sécheresse de juillet. Aujourd’hui, l’année 2015 serait plus proche de 2005 et donc d’un grand, voire d’un très grand millésime. Effectivement, la courbe d’accumulation thermique de ce dernier (somme en degré jours) est véritablement très proche de 2015, confirmant le potentiel prometteur de ce millésime. Revenons sur la saison passée et ses conditions climatiques pour tenter de comprendre ce qui a permis à l’appellation de produire un grand millésime.
Les précipitations hivernales furent modérées et suffisantes pour maintenir une réserve en eau non limitante en début de saison. Du fait d’un printemps frais, le débourrement se fit tardivement débutant autour du 1er avril pour les Merlot.
Les mois d’avril et mai ont été chauds et arrosés de façon modérée. Ces conditions ont favorisé une minéralisation active dans le sol et une bonne disponibilité en éléments nutritifs. La croissance de la vigne en fut positivement impactée. Nous savons aujourd’hui que des taux de croissance élevés avant véraison sont synonymes de rendements importants pour l’année en cours. Enfin, grâce à un ensoleillement généreux et l’absence de pluie, la floraison a démarré relativement tôt dans le bordelais, autour du 20 mai pour les Merlot et s’est déroulée en moins d’une semaine. Effectivement, début juin, la floraison était complète pour le Cabernet et le Merlot. Excepté les parcelles touchées par le mildiou et le Black Rot, nous démarrions l’été avec des inflorescences n’ayant subi ni coulure, ni millerandage et donc un bon potentiel de récolte, première étape d’un grand millésime.
Merlot le jour des vendanges
Nous sommes ensuite entrés dans une période de sécheresse à partir du 13 juin accompagnée de fortes chaleurs et de températures nocturnes supérieures à 20°C. Un déficit hydrique pré-véraison s’est installé sur tout le vignoble bordelais à partir de début juillet, plus ou moins fort selon le cépage et l’appellation. Les Merlot sur sols filtrants ont subi les plus gros déficits en eau alors que le Cabernet, cépage isohydrique, a mieux géré cet intervalle sans pluie. Ce manque d’eau a eu pour conséquence de diminuer la multiplication cellulaire des baies, réduisant leur taille et augmentant le rapport pellicule/pulpe, deuxième étape clé d’un grand millésime.
Fin juillet, la véraison a débuté lentement et de manière hétérogène. Heureusement, les pluies tant attendues sont arrivées à temps permettant de débloquer le chargement actif en sucre des baies, autorisant ainsi un démarrage rapide des processus de maturation du fruit, troisième étape clé d’un grand millésime.
Le mois d’aout particulièrement pluvieux, jusqu’à 120 mm dans certains endroits, a maintenu le déficit hydrique a un niveau faible. Ceci a garanti la turgescence des baies et évité les pertes de rendement. Les températures relativement élevées ont permis un chargement en sucre sans heurts. La maturité technologique a été atteinte très rapidement, fin août pour les Merlot les plus précoces, promettant une bonne richesse alcoolique. La maturité phénolique a ainsi démarré précocement lui donnant toutes les chances de se dérouler correctement et d’aboutir sur des tannins mûrs, quatrième étape d’un grand millésime. En revanche, la chaleur estivale et le déficit hydrique de juillet ont entrainé des acidités totales faibles, en partie à cause d’une consommation accélérée de l’acide malique.
Vendange dans le Médoc
Les températures du début du mois de septembre ont tranché avec celles de juillet et aout. En effet, il a fait particulièrement froid dans la région de Bordeaux (-1,7°C par rapport aux moyennes mensuelles) avec très peu de journées supérieures à 25°C. Ces conditions ont eu pour conséquence de ralentir les processus de maturation phénolique tout en préservant les anthocyanes. Les Cabernet, requérant plus de chaleur, ont accusé plus sérieusement cette baisse de température. Les Merlot déjà bien avancés ont pu être vendangés à leur potentiel de qualité maximal. Dans certaines zones, des foyers de botrytis ont été détectés suite aux précipitations moyennes à abondantes en septembre (80mm dans le Médoc) poussant à vendanger des Cabernet pas tout à fait mûr.
Pour conclure, le millésime 2015 est une très bonne voire excellente année à Merlot, réjouissant la rive droite. Il existe plus d’hétérogénéité chez les Cabernet expliquée par des précipitations moyennes à fortes dans le Médoc et des températures fraiches en septembre et octobre. Cependant, pour ceux qui ont pu attendre et retarder la date de vendange, la qualité est au rendez-vous. Le millésime sera donc marqué par une richesse alcoolique très correcte, une acidité faible et des tannins « soyeux ». Le Bordeaux 2015 sera donc un vin qui pourra être consommé jeune. Il faudra être plus patient pour connaître son potentiel de garde!
Aurelien Berthou

Je suis diplômé de Montpellier SupAgro en tant qu’ingénieur agronome spécialisé en viticulture et en œnologie depuis 2014. Au cours de ma formation, j’ai vécu des expériences variées dans le domaine de la production et de la recherche aussi bien en France qu’à l’étranger (Argentine, Nouvelle-Zélande). Employé depuis Janvier 2015 suite à mon stage de fin d’études chez Fruition Sciences, mon rôle est de développer la société au niveau commercial et technique dans la région de Bordeaux. Je travaille en particulier sur les problématiques d’échantillonnage du vignoble et la cartographie de différents paramètres physiologiques à travers l’outil d’aide à la décision « Smart Point ».

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